| Rapport sur le maïs génétiquement modifié MON 863 de la compagnie Monsanto, juin 2005 |
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Effets controversés sur la santé après des tests sub-chroniques de toxicité : une étude confidentielle de 90 jours avec des rats nourris aux OGM. par Gilles Eric Seralini
INTRODUCTION
Description du MON 863 : Les modifications génétiques sont insérées dans une construction génétique artificielle, appelées le transgène, par bombardement de particules couvertes de cet ADN nouveau dans le génome du maïs à partir de cellules immatures. Ces cellules ont régénéré de nouvelles plantes transformées, appelées OGM. Tout le monde est unanime sur le fait que la trangenèse peut créer des effets de mutagenèse insertionnelle qui ne seraient pas visibles par analyse de la composition chimique ; cette dernière analyse par " équivalence substantielle " peut par définition seulement être partielle. D'un point de vue réductionniste, l'hypothèse envisagée est qu'une modification génétique artificielle par bombardement de particules (ou par une méthode équivalente) ne crée pas plus de risque de mutagenèse insertionnelle que des effets génétiques inattendus qui seraient provoqués par hybridation classique. Cette hypothèse n'a toujours pas été démontrée, mais a été utilisée pour éviter l'étiquetage et les études à long terme sur les OGM en Amérique du Nord. Dans notre dossier en question, la modification génétique a été réalisée pour atteindre trois buts différents : 1- Produire une variante d'un insecticide artificiel appelé Cry3Bb1 par le plant de maïs (49-96.5 µg/g) tout au long de son développement, et dans tous ses organes (le promoteur ubiquiste adapté 35S est utilisé dans la construction génétique). La toxine est mesurée dans les grains par Monsanto. Cette toxine est créée contre les insectes coléoptères comme Diabrotica. Diabrotica vient d'une famille d'insectes très dangereuse pour une grande partie des cultures, et était absent des pays européens jusqu'en 1990, interdit même dans les laboratoires (Diabrotica virgifera virgifera) car il est très difficile de l'éliminer par des insecticides chimiques connus. Il semblerait qu'il soit apparu pendant la guerre des Balkans en provenance des Etats Unis : depuis il a atteint les pays de l'Europe de l'Ouest comme la France et l'Italie (en 2000), probablement par avion (aux alentours des aéroports militaires). Monsanto semble avoir anticipé ce problème : en effet la compagnie a développé, il y a quelques années, en essai en plein champ, un maïs transgénique tentant de contrôler cet insecte avant son arrivée en France. Cette étape d'expérimentation est nécessaire pendant plusieurs années avant la commercialisation dans un pays. Le mécanisme moléculaire d'action de la toxine n'est pas précisément connu, ni le récepteur liant la toxine dans l'intestin de l'insecte. La spécificité de l'action est généralement hypothétique ; mais aucun article n'a été publié sur l'action de cette toxine sur les cellules humaines et des controverses existent à ce niveau. Monsanto n'est pas capable de produire des tests de toxicité avec la toxine extraite du maïs qui a été mise en contact avec l'épithélium digestif humain. Il apparaît, suivant les considérations théoriques et les données préliminaires des expériences de toxicité aiguë pendant plusieurs jours, chez un très petit nombre de rongeurs, que la toxine ait été exemptée d'analyse de toxicité sérieuse. Dans ce contexte, le résultat de cette étude confidentielle de 90 jours sur rats est d'une extrême importance car c'est la meilleure façon d'avoir une idée de l'activité de la toxine chez le mammifère, ou de connaître d'autres effets inattendus de la modification génétique. 2- Pour faciliter économiquement la sélection du maïs, Monsanto a utilisé et maintenu au sein des plants GM gène marqueur de résistance à un antibiotique appelé NPTII (néomycine phosphotransferase II). Ce dernier produit dans la cellule végétale une protéine qui induit une résistance à la Kanamycine, antibiotique bien connu. Ceci est aussi une signature de la première génération d'OGM qui a été faite rapidement, avec peu de considération des problèmes suivants. La résistance aux antibiotiques est reconnue pour être un problème de santé majeur dans de nombreux pays, dû au développement grandissant dans l'environnement et chez l'humain des gènes de résistances aux antibiotiques. Ce phénomène est amplifié par l'utilisation abusive des antibiotiques selon la communauté scientifique, laquelle s'accorde à limiter de nos jours leur utilisation. Dans ce contexte, il apparaît très étrange de promouvoir une nourriture contenant une résistance aux antibiotiques, surtout que Monsanto a déjà développé des maïs transgéniques sans cette sorte de gène marqueur. Cela est vrai même si la compagnie dit que cette résistance a peu de chance de se répandre par ce genre de cultures OGM et que cela aurait très peu d'effet sur la santé humaine et animale. Ce fait n'est pas prouvé par des expérimentations bien étayées. Cela pourrait jeter un doute dans l'esprit des citoyens sur le véritable but de cette compagnie concernant la protection de la santé ; d'autant plus que cet état de fait n'est pas favorable au développement des biotechnologies en général, lesquelles ont été hautement promues par la politique des états membres de l'Union Européenne, et ont reçu de très importants soutiens financiers. 3- Le MON 863 est aussi un parent transgénique pour d'autres OGM car plusieurs applications peuvent concerner des hybrides avec le MON 863, voir d'autres caractères GM comme le MON 863 X MON 810 produisant deux insecticides différents (nouvelle génération). Bien que le MON 863 donne sa toxine CryBb1 aux plants MON 863 X MON 810, les deux plants sont génétiquement différents et ne sont pas, a priori, directement comparables pour leur toxicité. Les effets combinés des deux insecticides ne sont pas à exclure.
DOCUMENTS UTILISES POUR CE RAPPORT 1. des documents du domaine public comme les rapports de l'EFSA et de l'AFSSA, 2. des articles scientifiques issus de journaux internationaux. Cette littérature est citée sur www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed mais aussi dans l'ouvrage intitulé " Ces OGM qui changent le monde ", 3. des dossiers fournis par Greenpeace et non confidentiels, 4. des rapports non confidentiels obtenus par le CRII GEN www.crii-gen.org du gouvernement français après en avoir demandé l'autorisation à la CADA (Commission d'accès aux Documents Administratifs), données considérées publiques. Ces rapports sont rédigés par Monsanto et on y trouve des questions posées par les différents états membres sur la toxicité du MON 863 en particulier.
RESULTATS
DISCUSSION 1. La comparaison avec des groupes de rats " références " qui n'ont pas mangé les mêmes lignées de maïs que le maïs GM. Au contraire, le groupe " contrôle " était nourri avec un maïs génétiquement très proche du groupe traité à l'OGM, la différence dans l'alimentation étant considérée dans ce cas-ci, comme résidant essentiellement dans le transgène, son expression en protéine et ses conséquences seules. Ceci est une pratique courante avec les tests des OGM. Le groupe " référence " total était au moins six fois plus important que le groupe nourri aux OGM (dans certain cas, les données historiques du laboratoire pratiquant ces expérimentations servent aussi comme référence dans certains dossiers). 2. Pour certains effets significatifs, les effets différentiels entre les mâles et les femelles permettaient de dire que le problème n'était probablement pas lié à l'OGM. 3. Pour d'autres effets significatifs, leurs observations, seulement à certaines semaines de l'expérience, ont servi à les éliminer de la discussion de leur signification biologique. 4. Pour d'autres effets significatifs, l'absence de corrélation avec les doses ingérées par les rats était une raison d'annuler leur lien avec les OGM. Au contraire, d'autres experts internationaux, après consultation peuvent considérer que : 1. L'analyse statistique a pu rencontrer des problèmes dans le choix de la méthodologie ou des biais inattendus et devrait être refaite. Cela est proposé par le CRII GEN après obtention des données brutes. L'analyse statistique insuffisante a été admise dans certains cas. 2. Les différents effets d'un traitement par un composé toxique sur des mâles et des femelles sont souvent observés, ceci peut être dû aux différences enzymatiques et hormonales entre les deux sexes au cours de la détoxification. 3. Les effets passagers après une intoxication chimique ou biologique sont aussi nombreux, et cela ne signifie pas pour autant que le composé est sans danger sur le long terme. 4. Les effets relatifs aux doses ne doivent pas être les seuls à être considérés en toxicologie. Par exemple, la plupart des effets hormonaux ne sont par forcément proportionnels à la dose, mais peuvent présenter des effets biphasiques ou de rétroaction, et aussi dépendre de la période d'administration.
CONCLUSION Dans tous les exemples il est recommandé que : 1. Les analyses statistiques soient refaites par des experts indépendants et les tests soient visibles sur Internet pour toute la communauté scientifique, 2. Les expérimentations soient recommencées si des effets significatifs apparaissent et comparées avec le bon groupe de contrôles, 3. D'autres expérimentations soient pratiquées pendant un an ou deux sur rats, et avec deux autres espèces de mammifères, de façon à pouvoir étudier les effets potentiels nuisibles de la modification génétique. Mais aussi pour savoir s'il y a un lien avec la présence de la toxine Cry3Bb1, comme il est souvent pratiqué avec d'autres pesticides. Les OGM ne devraient pas être exemptés de toute évaluation comparable aux pesticides chimiques s'ils contiennent des pesticides ou des métabolites spécifiques de pesticides. Ce qui est à l'évidence le cas pour le MON 863. 4. Les études in vitro doivent être faites avec la toxine Cry3Bb1 extraite du maïs et testées sur de nombreuses cellules de mammifères incluant l'épithélium digestif humain et les hépatocytes.
En l'absence de tels résultats, l'accord donné pour cultiver ce maïs en champ ouvert, pour l'alimentation humaine ou animale, peut présenter des risques sérieux pour la santé, et a commercialisation de ce maïs devrait être interdite. On doit aussi souligner qu'aujourd'hui aucune compagnie n'est légalement obligée d'accomplir un nombre et une durée précise d'études sur des mammifères nourris aux OGM. Ce manque de précision (souligné encore dans les résultats du projet Entransfood Européen) est difficile pour les autorités publiques et les compagnies. Pour le public, il est tout à fait normal de donner des OGM à manger au moins deux ans à des rats avant de nourrir toute la population durant toute leur vie, incluant les enfants, les personnes âgées et les malades. Standardiser les tests des OGM en Europe sur trois espèces de mammifères, pendant trois mois à deux ans, pourrait finalement aider les compagnies à avoir des standards homogénéisés et pour commercialiser de la nourriture de bonne qualité. Les biotechnologies seraient plus acceptables dans de telles conditions.
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