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Un scandale sanitaire - Mai 2008

Vendredi 4 Juillet 2008

Entrevue avec le Pr Séralini dans TERRE NET

L'avis d'un scientifique du Crii-gen, le Pr Gilles-Eric Séralini, expert sur l’évaluation des Ogm : « Un scandale sanitaire ».

 

Gilles-Eric Séralini est professeur des Universités à Caen en biologie moléculaire, chercheur sur les effets des pesticides, de différents polluants, et des OGM sur la santé. Il a dirigé plus de dix thèses notamment sur hormones sexuelles et cancers. Président du Conseil Scientifique du CRII-GEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique), et expert pendant 9 ans pour le gouvernement français dans l’évaluation des risques des OGM, il a récemment publié l’étude la plus détaillée sur les signes de toxicité d’un OGM commercialisé (MON863) et travaille sur les effets du Roundup, herbicide majeur dans le monde utilisé aussi avec les OGM, ce qui lui vaut plusieurs invitations internationales. Il est membre de la Commission Borloo-Lepage pour concrétiser un certain nombre de décisions prises au Grenelle de l’Environnement (2007-2008) et pour réorganiser l’expertise européenne des OGM et nanotechnologies (2008). Chevalier de l’Ordre National du Mérite pour l’ensemble de sa carrière en biologie, par le Ministère de l’Ecologie (2008). (© Editions Flammarion)

 

Nathalie Petit, journaliste Terre-Net (NP) : Quels arguments scientifiques peut-on opposer à la libre culture des Ogm ?


Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen, cofondateur du Criigen, auteur de « Ces Ogm qui changent le monde » aux Editions Flammarion (G-E S) : Le dossier des Ogm cultivés commercialisés couvre de plus en plus un scandale sanitaire, pour deux raisons majeures. Tout d’abord, contrairement à l’usage scientifique habituel, les analyses de sang des mammifères de laboratoire sont gardées confidentiellement, celles-là même qui ont servi de modèles d’études pendant les plus longs tests au monde (hélas les animaux en ont mangé trois mois seulement avant autorisation). Deuxièmement, elles révèlent, après avoir été obtenues par la justice, pour un maïs de Monsanto (le Bt MON 863), des effets significatifs, jusqu’à 24-40% d’augmentation du taux de graisses dans le sang des femelles, entre autres. La firme ne le conteste pas mais juge cela pas assez grave pour continuer les tests ! De la science de pacotille pour favoriser des intérêts gigantesques !
 

NP : Certains travaux ont montré des effets sur le métabolisme des animaux qui ont consommé sur une durée de 3 ou 5 mois des plantes Ogm (problèmes métaboliques,...). Ces travaux ne sont-ils pas crédibles ? Comment expliquez vous qu'ils ne soient pas pris en compte ? La communauté scientifique française est-elle défaillante sur ce dossier ?


G-E S : Ces études sont crédibles car elles sont indépendantes et publiées dans des revues scientifiques internationales à comité de lecture. J’y ai contribué avec mes collègues du Crii-gen (www.criigen.org). Elles sont aussi vérifiées, n’en déplaise aux détracteurs des commissions qui ne veulent pas exiger de meilleurs tests des compagnies. Une complaisance parfois malhonnête s’est installée dans ces milieux qui évaluent les biotechnologies, dont j’ai fait partie pendant neuf ans. La communauté scientifique n’est pas au courant puisque ces dossiers sont confidentiels, elle devrait cependant ne pas être laxiste et exiger la transparence.

NP : Y a-t-il un(des) danger(s) largement sous-estimé (s) à l'heure actuelle par la communauté scientifique à l'égard des Ogm et si oui, lesquels ?
G-E S : Oui : les dangers des résidus des pesticides que plus de 99% des Ogm cultivés commercialisés dans le monde sont faits pour contenir, contrairement à ce que les firmes racontent. Le soja au Roundup est le premier Ogm du monde qui s’imbibe de ce désherbant sans mourir, et les maïs Bt fabriquent de l’insecticide dans la plante ! Des éponges à pesticides !

NP : Notre société de l'immédiateté a-t-elle des difficultés à intégrer une vue de long terme ? Risque-t-on de voir apparaître des résistances chez les insectes ou des mutations génétiques aux conséquences insoupçonnables chez les plantes et les animaux ?
G-E S : Bien sûr, et c’est le dernier souci d’un système borgne sur l’environnement, et à visée court terme pour profiter des brevets sur les semences Ogm, un des plus grands profits que l’humanité aie pu inventer : les ressources agricoles se mettent à appartenir à quelques uns, un nouveau privilège !
 
NP : Le président du comité d'experts de l'Afssa considère que "aucune variété n’est autant et mieux contrôlée avant sa commercialisation qu'un OGM", ce qui est de nature à rassurer tous les agriculteurs. Partagez vous son point de vue ?


G-E S : Evidemment non. Des tests de trois mois sur de nouveaux pesticides d’Ogm alimentaires, dont la brièveté et la superficialité sont basées sur des croyances industrielles non scientifiques : l’Afssa ne devrait pas être fière de contribuer à cette erreur sanitaire majeure. Jeter à la poubelle la tradition de tout ce que l’on sait sur l’alimentation depuis 10.000 ans d’agriculture, parce que l’on n’a pas ces mêmes tests de trois mois sur une nouvelle variété de tomate naturelle (donc moins que sur les Ogm, ce qu’ils veulent dire) est une entourloupe de vendeur d’Ogm.

Nathalie Petit - Terre NET  A lire