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OGM : secret d'Etat - secret par Etat, Oct. 2005

Lundi 29 Janvier 2007

Le silence assourdissant qui a entouré la dépêche de l'AFP rendant publique la note du gouvernement français pour réclamer le secret industriel sur les études mettant en cause l'impact sanitaire des OGM fait plus qu'interpeller. Il s'agit en réalité d'un double scandale. Scandale dans la volonté exprimée sans scrupule par le gouvernement français dans une note envoyée à la commission européenne de faire modifier l'article 25 de la directive 2001-18 sur les OGM qui exclut le secret industriel lors qu'il s'agit d'études sur la santé et l'environnement. L'objectif est d'interdire d'ouvrir toute controverse scientifique sur ces études qui montrent des effets significatifs sur les rats.

Scandale dans le traitement médiatique de cette note puisqu'en dehors de l'UFC Que Choisir, Novethic et Actu-Environnement, aucun vecteur de presse n'a repris cette information pouvant doublement être intéressante à la fois sur le plan du comportement politique du gouvernement et sur le plan des effets potentiels sur la santé même des OGM. S'il n'y a pas d'effets, pourquoi vouloir à toute force cacher ces études et ouvrir un vrai débat contradictoire ? Or, c'est l'omerta au sens le plus fort du terme. Pourquoi ? Du fait du poids des annonceurs dans une presse de plus en plus prise à la gorge lorsqu'elle n'est pas directement détenue par les intérêts industriels eux mêmes ? L'explication est insuffisante. Parce que la télévision a perdu son indépendance par rapport au gouvernement qui interdit certaines informations ? La reprise en main politique est certaine. Mais elle n'explique pas l'ampleur du phénomène. Alors faut-il penser que les journalistes ont été convaincus du bien fondé des OGM ? Pour une part, sans doute, grâce aux efforts immenses de communication des agro-semenciers. Mais ce n'est évidemment pas le cas de tous. Alors pourquoi ? Sans doute parce que beaucoup considèrent que le combat contre les OGM est perdu et il est vrai que les firmes ont remporté plusieurs manches : jugement du tribunal de 1ère instance de la CJCE interdisant à l'Autriche de refuser les OGM, plantation secrète de 1000 ha d'OGM en France, position favorable aux OGM de la Commission, utilisation de la lutte contre certaines maladies pour légitimer les OGM…..etc. Mais aussi parce que ceux, qui dans la presse, veulent informer ne peuvent plus le faire car l'avenir des OGM dépend expressément de ces études. Si en effet, des experts indépendants analysent ces premiers résultats et exigent, a minima, que ces études soient refaites par des organismes publics, alors la question de l'impact sanitaire des OGM sera clairement posée. La responsabilité de tous ceux qui, experts et décideurs, en dehors des fabricants eux-mêmes, imposent aux citoyens européens des OGM dont ils ne veulent pas, sera mise en cause. C'est la raison pour laquelle le combat est si rude. De même que ceux qui exigeaient entre 1906 et 1930 qu'un véritable débat contradictoire scientifique ait lieu sur l'amiante se sont heurtés à la Science Officielle et aux politiques - alors que dès 1919 certaines compagnies d'assurance aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne ne couvraient plus le risque des entreprises fabriquant de l'amiante. De même aujourd'hui, il est « urgent » d'interdire le débat sur les effets sanitaires des OGM. Or si l'utilisation de l'amiante a été réversible à l'opposé de ses conséquences sur la santé des personnes contaminées - celle des OGM ne le sera pas d'où une responsabilité accrue des responsables.

 

Corinne LEPAGE

Avocat
Ancien Ministre de l'environnement