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Santé /environnement : OGM, PESTICIDES…, 2005

Lundi 28 Mai 2007

Lors de sa dernière assemblée générale de 2003, le champ de réflexion et d'action du CRIIGEN a été élargi à la problématique environnement et santé en général, et plus seulement donc aux OGM. Réflexion par Joël Spiroux de Vendômois, Docteur en médecine, président de la commission santé/environnement de l'Union Régionale des Médecins Libéraux de Haute Normandie, membre du conseil scientifique du CRIIGEN.
 L'impact des biotechnologies sur l'environnement et par voie de conséquence sur la santé humaine est éminemment transdisciplinaire. Il faut dans cette problématique favoriser les convergences plutôt que les distinctions entre les disciplines différentes. Ceci d'ailleurs nous conviant à une " pensée intégrant le complexe ou la complexité du monde ", à laquelle nous ne sommes ni habitués ni formés. Complexe signifiant étymologiquement " entrelacé, tissé ensemble ". Un passage vers l'étude de l'écologie fondamentale aurait pu éveiller tout le monde scientifique, tant cette science met en exergue les notions de cycle, rythme, d'interdépendance et de transformation…


Le conseil scientifique du CRIIGEN est composé de façon très éclectique, multidisciplinaire et nous avons donc mis le " champ d'action " du CRIIGEN en accord avec la composition de ses conseils scientifique et d'administration, ainsi qu'avec nos convictions profondes.
Nous prenons comme base de travail la santé selon la définition de l'OMS : état de bien-être physique, psychique, social et pas seulement absence de maladie ; et l'environnement dans sa triple acception c'est-à-dire : physique (lieu de vie, de travail, alimentation etc.…), sensoriel (bruit, stress… et cognitif au sens psychologique du terme, c'est-à-dire par quels moyens nous appréhendons, nous prenons conscience de notre environnement : médias, enseignement etc. Comment, dans ce cadre, pouvons-nous donc appréhender et penser les relations OGM, pesticides et santé ?

Un rappel des faits :


- " La production mondiale de substances chimiques est passée d'un million de tonnes en 1930, à 400 millions de tonnes aujourd'hui avec près de 100 000 substances différentes n'existant pas pour la plupart spontanément dans la nature. L'industrie chimique européenne était en 1998 la première au monde " (rapport préliminaire du plan national environnement/santé du 13 janvier 2004). Parmi tous ces produits chimiques se trouvent les pesticides (insecticides, anti parasitaires, herbicides, anti fongiques, défoliants raccourcisseurs de tiges etc.…). En parallèle, au niveau de la santé, nous constatons une augmentation très importante de pathologies très lourdes comme les cancers, les allergies, la stérilité masculine, l'hypo fécondité féminine, les malformations néonatales, des troubles endocriniens et neurologiques.
A titre d'exemples : Mortalité selon l'INVS, provoquée par les différents cancers en France :
En 1980 : 125 144 décès,
En 2000 : 150 045 décès ; Incidence des différents cancers en France selon l'INVS : ,
En 1980 : 172 177,
En 2000 : 278 253.

Ces seules statistiques peuvent faire frémir, même s'il est bien entendu que les pesticides seuls ne sont pas responsables de cet état de fait. Il faut naturellement ici entrer dans le champ de la réflexion sur la complexité des interrelations et ne pas rester dans un mode de pensée binaire : "un produit / un effet ".
Le Pr Charles Sultan, chef du service d'endocrinologie pédiatrique du CHU de Montpellier, a constaté que les malformations néonatales des garçons sont en très nette augmentation et près de quatre fois supérieure chez les enfants d'agriculteurs ou de personnes vivant dans des zones d'exposition aux pesticides.
- Plus de 99% des OGM cultivés dans l'environnement sur le marché mondial sont des OGM soit tolérant des herbicides soit produisant des insecticides. En ce qui concerne les OGM produisant des insecticides, personne ne se préoccupe du tonnage à l'hectare de pesticide contenu dans les plantes, ni même de la quantité enfouie dans le sol après la récolte ! Tout cela nous conduit à réfléchir sur les effets cumulatifs des " OGM pesticides " sur les autres pesticides agricoles.


Pour l'instant, aucune recherche sérieuse ne peut prouver qu'il existe une diminution de l'usage des pesticides grâce aux OGM. Par ailleurs, la présence de produits toxiques dans l'environnement a conduit depuis bien longtemps à déterminer des normes, des valeurs limites ou des seuils à ne pas dépasser ou à respecter. Lorsque l'on se préoccupe de la relation santé/environnement, l'impact sur la santé de tout produit toxique ou potentiellement toxique est (ou devrait être) étudié et évalué. Ces études (quand elles ont lieu) sont réalisées par des méthodes statistiques et évaluées de façon probabiliste.

Un détour par l'écologie fondamentale nous montre la complexité de la circulation de la matière dans les écosystèmes et dans les grands cycles biogéochimiques, ainsi que les phénomènes de bioaccumulation et de bioamplification dans les chaînes trophiques. Comment suivre avec pertinence et certitude l'évolution des substances toxiques en tenant compte:
- des effets de la molécule de départ, de ses métabolites, des effets croisés avec d'autres produits toxiques ou non;
- des effets de bioaccumulation et de bioamplification dans la chaîne alimentaire;
- des effets sur l'homme en tenant compte des différentes variables, âge, sexe, grossesse, états pathologiques préexistants…

Quatre points importants viennent complexifier la situation :


- les molécules à effets toxiques ne sont généralement pas "lâchées" dans la nature seules, des adjuvants leurs sont nécessaires pour améliorer leur efficacité, or ils sont le plus souvent inconnus car participant du "secret de fabrication", c'est le cas de nombreux pesticides ;
- l'étude de la relation effet/dose montre que les doses ne sont plus de l'ordre du gramme ou du milligramme, mais sont infinitésimales, ce qui rend plus difficile et plus coûteux leur mise en évidence;
- dans le cas des " OGM pesticide " on ne tient pas en compte les résidus laissés dans le sol ;
- la détermination des normes est aussi et surtout fonction du contexte économique. Aucun scientifique ou expert sérieux ne peut prétendre pouvoir appréhender tout cela. La détermination de normes, valeurs limites et seuils est certes nécessaire, mais n'est qu'un "garde-fou" pour éviter les catastrophes, et est à la fois une "fausse sécurité" sur le plan sanitaire.

Curieusement la problématique OGM /pesticides/ santé paraît esquivée. L'étude des risques réels et potentiels nous fait prendre conscience ipso facto de la difficulté de mesurer l'impact sur la santé. En effet cette mesure doit s'apprécier dans l'espace : effets simples, croisés, prédispositions... et dans le temps : court, moyen et long terme... Vu l'analyse des risques et la difficulté de la mesure de l'impact sur la santé, ainsi que l'appréciation de la complexité des relations OGM /pesticides/ santé, force est de constater la quasi absence de recherche.


Du fait de la diffusion importante des pesticides et de celle possible des OGM dans l'environnement, sans contrôle a posteriori et sans retour à l'état antérieur possible, il est important, urgent et nécessaire d'avoir une vision globale de l'impact des pesticides ainsi que des OGM sur l'environnement et sur la santé humaine. Ce qui impose la nécessité d'une étude sur les conséquences sanitaires, réalisée par des groupes d'études transdisciplinaires avec l'aide d'experts intervenants comme sapiteurs, comme cela devrait se faire pour toutes questions écologiques.


La question OGM/ pesticides/ santé, comme d'ailleurs toutes celles concernant les relations environnement-santé, nous forcera tôt ou tard à redéfinir non pas les modalités de la recherche, qui doit être libre, mais plutôt les modalités de l'utilisation des découvertes scientifiques. Pour faire face, par exemple, à l'augmentation croissante des cancers, de l'infertilité, de la stérilité, des malformations congénitales, le retrait de tout produit toxique devrait être un objectif vers lequel tendre. Cela pourrait paraître aux yeux de certains comme une entrave au développement économique, mais le raisonnement économique prend-il en compte le coût des douleurs et des " souffrances endurées " par les malades et leur entourage ? Cet objectif " idéal " ne serait-il pas in fine plus générateur qu'inhibiteur de la connaissance du réel et ne s'avèrerait-il pas être un moteur pour l'extension de la diversité scientifique et technologique ?