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Rapport sur le maïs génétiquement modifié MON 863 de la compagnie Monsanto, juin 2005

Mercredi 26 Septembre 2007

INTRODUCTION
Rappel d'information : Le MON 863 est un mas OGM de premire gnration, seconde catgorie c'est--dire gntiquement modifi pour produire un pesticide. La premire gnration d'OGM cultive en plein champ depuis 1995, soit tolre un pesticide pour la premire catgorie (72% d'OGM tolrent par exemple principalement l'herbicide Roundup, comme le mas NK 603 de Monsanto) ou produit un pesticide pour la seconde catgorie (gnralement aux environs du kg/ha, comme la toxine artificielle Bt que l'on trouve dans le mas MON 863 ou le MON 810 ; ces diffrents insecticides sont produits par 20% des OGM). La seconde gnration d'OGM (8% au total) dveloppe depuis 1998 fait les deux : produire et tolrer un pesticide. Une grande majorit des OGM commercialiss en agriculture a ainsi t cre pour contenir des pesticides qu'ils absorbent et/ou produisent (le reste constituant moins de 1%). La troisime et la quatrime gnration seront sans doutes cres afin de produire deux insecticides et tolrer un ou deux herbicides.

Description du MON 863 : Les modifications gntiques sont insres dans une construction gntique artificielle, appele le transgne, par bombardement de particules couvertes de cet ADN nouveau dans le gnome du mas partir de cellules immatures. Ces cellules ont rgnr de nouvelles plantes transformes, appeles OGM. Tout le monde est unanime sur le fait que la trangènse peut crer des effets de mutagense insertionnelle qui ne seraient pas visibles par analyse de la composition chimique ; cette dernire analyse par " quivalence substantielle " peut par dfinition seulement tre partielle. D'un point de vue rductionniste, l'hypothse envisage est qu'une modification gntique artificielle par bombardement de particules (ou par une mthode quivalente) ne cre pas plus de risque de mutagense insertionnelle que des effets gntiques inattendus qui seraient provoqus par hybridation classique. Cette hypothse n'a toujours pas t dmontre, mais a t utilise pour viter l'tiquetage et les tudes long terme sur les OGM en Amrique du Nord.

Dans notre dossier en question, la modification gntique a t ralise pour atteindre trois buts diffrents :

1- Produire une variante d'un insecticide artificiel appel Cry3Bb1 par le plant de mas (49-96.5 g/g) tout au long de son dveloppement, et dans tous ses organes (le promoteur ubiquiste adapt 35S est utilis dans la construction gntique). La toxine est mesure dans les grains par Monsanto. Cette toxine est cre contre les insectes coloptres comme Diabrotica. Diabrotica vient d'une famille d'insectes trs dangereuse pour une grande partie des cultures, et tait absent des pays europens jusqu'en 1990, interdit mme dans les laboratoires (Diabrotica virgifera virgifera) car il est trs difficile de l'liminer par des insecticides chimiques connus. Il semblerait qu'il soit apparu pendant la guerre des Balkans en provenance des Etats-Unis : depuis il a atteint les pays de l'Europe de l'Ouest comme la France et l'Italie (en 2000), probablement par avion (aux alentours des aroports militaires). Monsanto semble avoir anticip ce problme : en effet la compagnie a dvelopp, il y a quelques annes, en essai en plein champ, un mas transgnique tentant de contrler cet insecte avant son arrive en France. Cette tape d'exprimentation est ncessaire pendant plusieurs annes avant la commercialisation dans un pays. Le mcanisme molculaire d'action de la toxine n'est pas prcisment connu, ni le rcepteur liant la toxine dans l'intestin de l'insecte. La spcificit de l'action est gnralement hypothtique ; mais aucun article n'a t publi sur l'action de cette toxine sur les cellules humaines et des controverses existent ce niveau. Monsanto n'est pas capable de produire des tests de toxicit avec la toxine extraite du mas qui a t mise en contact avec l'pithlium digestif humain. Il apparat, suivant les considrations thoriques et les donnes prliminaires des expriences de toxicit aigu pendant plusieurs jours, chez un trs petit nombre de rongeurs, que la toxine ait t exempte d'analyse de toxicit srieuse. Dans ce contexte, le rsultat de cette tude confidentielle de 90 jours sur rats est d'une extrme importance car c'est la meilleure faon d'avoir une ide de l'activit de la toxine chez le mammifre, ou de connatre d'autres effets inattendus de la modification gntique.

2- Pour faciliter conomiquement la slection du mas, Monsanto a utilis et maintenu au sein des plants GM un gne marqueur de rsistance un antibiotique appel NPTII (nomycine phosphotransferase II). Ce dernier produit dans la cellule vgtale une protine qui induit une rsistance la Kanamycine, antibiotique bien connu. Ceci est aussi une signature de la premire gnration d'OGM qui a t faite rapidement, avec peu de considration des problmes suivants. La rsistance aux antibiotiques est reconnue pour tre un problme de sant majeur dans de nombreux pays, d au dveloppement grandissant dans l'environnement et chez l'humain des gnes de rsistances aux antibiotiques. Ce phnomne est amplifi par l'utilisation abusive des antibiotiques selon la communaut scientifique, laquelle s'accorde limiter de nos jours leur utilisation. Dans ce contexte, il apparat trs trange de promouvoir une nourriture contenant une rsistance aux antibiotiques, surtout que Monsanto a dj dvelopp des mas transgniques sans cette sorte de gne marqueur. Cela est vrai mme si la compagnie dit que cette rsistance a peu de chance de se rpandre par ce genre de cultures OGM et que cela aurait trs peu d'effet sur la sant humaine et animale. Ce fait n'est pas prouv par des exprimentations bien tayes. Cela pourrait jeter un doute dans l'esprit des citoyens sur le vritable but de cette compagnie concernant la protection de la sant ; d'autant plus que cet tat de fait n'est pas favorable au dveloppement des biotechnologies en gnral, lesquelles ont t hautement promues par la politique des tats membres de l'Union Europenne, et ont reu de trs importants soutiens financiers.

3- Le MON 863 est aussi un parent transgnique pour d'autres OGM car plusieurs applications peuvent concerner des hybrides avec le MON 863, voir d'autres caractres GM comme le MON 863 X MON 810 produisant deux insecticides diffrents (nouvelle gnration). Bien que le MON 863 donne sa toxine CryBb1 aux plants MON 863 X MON 810, les deux plants sont gntiquement diffrents et ne sont pas, a priori, directement comparables pour leur toxicit. Les effets combins des deux insecticides ne sont pas exclure.

DOCUMENTS UTILISES POUR CE RAPPORT
Pour ce rapport, nous avons compar et compil quatre sortes de documents :

1. des documents du domaine public comme les rapports de l'EFSA et de l'AFSSA,

2. des articles scientifiques issus de journaux internationaux. Cette littrature est cite sur www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed mais aussi dans l'ouvrage intitul " Ces OGM qui changent le monde ",

3. des dossiers fournis par Greenpeace et non confidentiels,

4. des rapports non confidentiels obtenus par le CRII GEN www.crii-gen.org du gouvernement franais aprs en avoir demand l'autorisation la CADA (Commission d'accs aux Documents Administratifs), donnes considres publiques. Ces rapports sont rdigs par Monsanto et on y trouve des questions poses par les diffrents tats membres sur la toxicit du MON 863 en particulier.

RESULTATS
Tous les comits scientifiques consults sont unanimes avec Monsanto, pour affirmer que les statistiques montrent des diffrences significatives (rsumes ci-dessous) pendant cette tude de 90 jours entre les contrles et les rats traits (avec des OGM) sur de nombreux paramtres incluant la composition du sang, et des organes de dtoxification comme les reins. L'EFSA indique ce niveau : " des diffrences sont observes dans les paramtres hmatologiques, comme la totalit des globules blancs, et le nombre de lymphocytes et de basophiles " ; " la fin de l'tude, des diffrences statistiques significatives ont t observes dans le nombre de rticulocytes entre les animaux femelles nourris avec 33% de MON 863 et ceux aliments avec les lignes de mas contrles et rfrences ". l'EFSA ajoute : " Les poids des reins des rats nourris avec le rgime comprenant 33% de MON 863 ont t statistiquement significativement plus bas que ceux nourris avec le rgime contrle ", " une incidence significativement plus faible des tubules rnaux minraliss a t note pour les rats nourris avec 33% de MON 863 compars avec ceux du mas contrle ". Les effets significatifs compars aux contrles sont aussi observs avec d'autres OGM tolrants au Roundup, avec en tout au moins quatre OGM pour lesquels ces tests ont t faits et o l'on a retrouv des ressemblances classiques avec les effets des pesticides en toxicologie. Cela a t aussi observ avec le mas MON 810 qui produit un autre insecticide. : " avec les rats nourris 33% avec du mas MON 810, une baisse significative du rapport d'albumine/globuline a t observe par comparaison avec les contrles et les groupes rfrences la fin de l'tude. " Par ailleurs, les discussions publiques de la CGB rapportent une inflammation et une rgnration anormale des reins des mles nourris avec le MON 863, et une augmentation significative de la glycmie chez les femelles. Des comits scientifiques en Autriche, Italie, France, Espagne, Sude et Hollande, en particulier, ont questionn Monsanto sur la toxicit et les allergies de ce mas ou du MON 810, mais aussi des deux MON 863 x MON 810 aprs la transmission des donnes par la compagnie, alors que le temps d'valuation des documents tait trs court.

DISCUSSION
Interprtation des donnes ci-dessus : La plupart des diffrences significatives ont t juges comme " sans signification biologique " par Monsanto et conscutivement par des comits scientifiques cits ci-dessus la majorit, aprs d'importants dbats et runions. Les rsultats relevaient l'intrt mais leur interprtation restait la cause de dsaccords. Certains des derniers votes ont t raliss avec un tout petit nombre de toxicologues, et aucun d'eux n'a eu accs, notre connaissance, aux coupes histologiques des organes, except les experts choisis par la compagnie Monsanto.
Quoi qu'il en soit, les arguments principaux de la discussion en faveur de l'absence d'effets toxiques taient :

1. La comparaison avec des groupes de rats " rfrences " qui n'ont pas mang les mmes lignes de mas que le mas GM. Au contraire, le groupe " contrle " tait nourri avec un mas gntiquement trs proche du groupe trait l'OGM, la diffrence dans l'alimentation tant considre dans ce cas-ci, comme rsidant essentiellement dans le transgne, son expression en protine et ses consquences seules. Ceci est une pratique courante avec les tests des OGM. Le groupe " rfrence " total tait au moins six fois plus important que le groupe nourri aux OGM (dans certain cas, les donnes historiques du laboratoire pratiquant ces exprimentations servent aussi comme rfrence dans certains dossiers).

2. Pour certains effets significatifs, les effets diffrentiels entre les mles et les femelles permettaient de dire que le problme n'tait probablement pas li l'OGM.

3. Pour d'autres effets significatifs, leurs observations, seulement certaines semaines de l'exprience, ont servi les liminer de la discussion de leur signification biologique.

4. Pour d'autres effets significatifs, l'absence de corrlation avec les doses ingres par les rats tait une raison d'annuler leur lien avec les OGM.

Au contraire, d'autres experts internationaux, aprs consultation, peuvent considrer que :

1. L'analyse statistique a pu rencontrer des problmes dans le choix de la mthodologie ou des biais inattendus et devrait tre refaite. Cela est propos par le CRII GEN aprs obtention des donnes brutes. L'analyse statistique insuffisante a t admise dans certains cas.

2. Les diffrents effets d'un traitement par un compos toxique sur des mles et des femelles sont souvent observs, ceci peut tre d aux diffrences enzymatiques et hormonales entre les deux sexes au cours de la dtoxification.

3. Les effets passagers aprs une intoxication chimique ou biologique sont aussi nombreux, et cela ne signifie pas pour autant que le compos est sans danger sur le long terme.

4. Les effets relatifs aux doses ne doivent pas tre les seuls à considérer en toxicologie. Par exemple, la plupart des effets hormonaux ne sont par forcment proportionnels la dose, mais peuvent prsenter des effets biphasiques ou de rtroaction, et aussi dpendre de la priode d'administration.

CONCLUSION
Il peut donc tre conclu qu'aucune tude de toxicit indpendante n'a t fate en parallle de celle dirige et interprte par la compagnie Monsanto. De plus, l'interprtation des donnes peut tre controverse. Il n'y a aucun accs aux organes des rats traits ou de coupe histologique de ces organes. Il n'y a jamais eu aucune autre exprimentation aprs discussion. Seulement de nouvelles analyses et interprtations sur les mmes donnes du MON 863 par des experts dsigns par Monsanto.
De plus, par exemple jusqu'à récemment et pour tous les OGM, le soi-disant expert extrieur indpendant, qui a t le seul pay par le gouvernement franais pour tre rapporteur la CGB, tait choisi, selon une rgle crite et pendant de nombreuses annes, par la compagnie elle-mme dans les propositions qui lui taient fates. Mme si cela n'est pas toujours le cas aujourd'hui, il devrait tre vrifi si cette pratique est courante pour les autres tats membres ou l'Union Europenne. Toutes ces pratiques vitent une expertise contradictoire similaire aux procdures judiciaires, alors que cela pourrait tre organis facilement. Le secret sur les donnes brutes demand par Monsanto n'a pas de base scientifique ; toutes les donnes scientifiques doivent tre publies ou transparentes telles qu'elles sont dans les dossiers de demandes de mises sur le march aux tats membres, ainsi qu'il est fait pour les rsultats de la recherche publique, quand les OGM sont destins la consommation humaine.
La Directive CEE/2001/18 indique que l'valuation des risques sur la sant et l'environnement pour les OGM devrait tre publique. Quels que soient les rsultats, dans un tel cas de controverse, le minimum pourrait tre comme dans la recherche publique, de refaire les expriences puisqu'aucune conclusion claire ne peut tre ralise partir de ces donnes. Le CRII GEN propose de refaire de nouvelles tudes, aussi plus longues et sur deux gnrations de rats. Pour cela un support financier est demand ; le protocole est rdig selon les standards de l'OCDE.
Si nous comparons les OGM avec d'autres produits tests pour leur scurit, le meilleur exemple serait pour les pesticides, puisque le MON 863 a t gntiquement modifi pour produire un pesticide. La lgislation europenne concernant les pesticides a longtemps t dirige par la Directive CEE/91/414, et toutes ses nouvelles adaptions. La lgislation prcise que, concernant les tudes de toxicit des pesticides dans la nourriture humaine et animale, trois mois de tests devraient tre faits sur trois espces diffrentes (gnralement rats, souris et chien), et que les pesticides doivent tre donns au moins un an une espce (gnralement le chien) et durant deux ans une autre espce (gnralement le rat, ce qui correspond peu prs sa dure de vie).
Il n'y a aucune raison scientifique d'viter de faire des tests comparables pour les OGM actuels. Les tests in vivo constituent une tape de scurit finale qui devrait tre ralise pour des produits inconnus qui ne prsentent aucun effet ngatif in vitro. Cependant, les tests spcifiques in vitro devraient tre stimuls auparavant, et tout le monde sait qu'il y a encore beaucoup faire dans l'amlioration des dossiers OGM ce niveau, c'est--dire plus de tests avec la toxine Bt artificielle Cry3Bb1 extraite du mas incube avec des cellules humaines, dans ce cas-ci, par exemple.
Dans l'exemple du mas MON 863, il est intressant de noter que l'tude de toxicit de 90 jours sur rats est la meilleure et la plus longue qui ait jamais t ralise sur des mammifres. On dcouvre des effets significatifs en comparaison aux animaux de contrles de laboratoire, et dans certains cas en comparaison avec le " groupe de rfrence ", qui recouvre une notion trs large et dont la validit peut tre questionne.

Dans tous les exemples il est recommand que :

1. Les analyses statistiques soient refaites par des experts indpendants et les tests soient visibles sur Internet pour toute la communaut scientifique,

2. Les exprimentations soient recommences si des effets significatifs apparaissent et compares avec le bon groupe de contrles,

3. D'autres exprimentations soient pratiques pendant un an ou deux sur rats, et avec deux autres espces de mammifres, de faon pouvoir tudier les effets potentiels nuisibles de la modification gntique. Mais aussi pour savoir s'il y a un lien avec la prsence de la toxine Cry3Bb1, comme il est souvent pratiqu avec d'autres pesticides. Les OGM ne devraient pas tre exempts de toute valuation comparable aux pesticides chimiques s'ils contiennent des pesticides ou des mtabolites spcifiques de pesticides. Ce qui est l'vidence le cas pour le MON 863.

4. Les tudes in vitro doivent tre faites avec la toxine Cry3Bb1 extraite du mas et testes sur de nombreuses cellules de mammifres incluant l'pithlium digestif humain et les hpatocytes.

En l'absence de tels rsultats, l'accord donn pour cultiver ce mas en champ ouvert, pour l'alimentation humaine ou animale, peut prsenter des risques srieux pour la sant, et la commercialisation de ce mas devrait tre interdite. On doit aussi souligner qu'aujourd'hui aucune compagnie n'est lgalement oblige d'accomplir un nombre et une dure prcise d'tudes sur des mammifres nourris aux OGM. Ce manque de prcision (soulign encore dans les rsultats du projet Entransfood Europen) est difficile pour les autorits publiques et les compagnies. Pour le public, il est tout fait normal de donner des OGM manger au moins deux ans des rats avant de nourrir toute la population durant toute sa vie, incluant les enfants, les personnes ges et les malades. Standardiser les tests des OGM en Europe sur trois espces de mammifres, pendant trois mois deux ans, pourrait finalement aider les compagnies avoir des standards homogniss et pour commercialiser de la nourriture de bonne qualit. Les biotechnologies seraient plus acceptables dans de telles conditions.