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« Il n'y a pas de consensus scientifique sur l'innocuité des OGM » annoncent 300 scientifiques

Vendredi 30 Janvier 2015

 

 

/user/image/dossierPicture_553140.pngCommuniqué de presse du Réseau Européen des Scientifiques pour une responsabilité sociale et environnementale (ENSSER), le 29 janvier 2015.


http://www.ensser.org/media/

Plus de 300 scientifiques et experts ont publié une déclaration commune afin de rappeler qu' « il n'y a pas de consensus » sur l'innocuité des cultures génétiquement modifiées (OGM) ainsi que sur la nourriture produite à partir de ces plantes. Cette déclaration a été publiée le 29 janvier 2015 dans le journal scientifique à comité de relecture Environmental Sciences Europe. Le texte de l'ENSSER appartient désormais au corpus littéraire scientifique en libre accès et pourra donc être cité par d'autres publications.


Pour le Dr Angelika Hilbeck, l'une des auteurs de la déclaration et présidente de l'ENSSER : « En plus d'avoir reçu l'approbation de pairs ayant relu l'article avant sa publication dans le journal, ce papier a aussi été revu et validé par plus de 300 scientifiques et experts venant de champs de recherche pertinents, telles la biologie moléculaire et la biotechnologie. »


Cette déclaration a été rendue publique pour la première fois en 2013 en réponse à l'affirmation par l'industrie des OGM, ainsi qu'une poignée de scientifiques et commentateurs politiques, qu'il existait un « consensus scientifique » sur l’innocuité pour la santé humaine et animale, ainsi que l'environnement, des cultures OGM et de l'alimentation qui en est issue. Selon nous, cette affirmation est « trompeuse », nous rétorquons au contraire « que le soit-disant consensus sur la innocuité des OGM n'existe pas ».


Pour Nicolas Defarge, également co-auteur de la déclaration, membre du bureau de l'ENSSER et du CRIIGEN : « La science progresse grâce à des débats et controverses exigeant des arguments scientifiques. Notre déclaration fait désormais partie de ces arguments puisqu'elle a été revue par les pairs et publiée dans la littérature scientifique en libre-accès. Ce débat sur les effets sanitaires d'une consommation d'OGM, ainsi que des résidus de pesticides qu'ils contiennent, poursuit donc son chemin. Seules de nouvelles études, usant de protocoles adéquats permettant une véritable recherche sur le long terme, pourraient permettre d'avancer vers une conclusion. Bien entendu, les résultats de ces études, ainsi que leurs données brutes, devraient être publiés dans des journaux en accès-libre au lieu d'être gardés secrets. Il faut savoir que les études réalisées par l'industrie, pour appuyer les autorisations de mises sur le marché d'un OGM, n'ont généralement pas été révisées par les pairs au moment où ces OGM sont commercialisés. »


Autre signataire de la déclaration, le Dr Belinda Martineau, ancienne membre du Michelmore Lab du UC Davis Genome Center, Université de Californie, qui a participé à la commercialisation du tout premier OGM à destination alimentaire, la tomate Flavr Savr, explique : « Je soutiens de tout cœur cette déclaration rigoureuse, réfléchie et professionnelle décrivant le manque de consensus scientifique sur la sécurité des plantes et organismes génétiquement modifiés. Le débat sociétal sur la meilleure façon d'utiliser cette puissante technologie de l'ingénierie génétique n'est certainement pas refermé. Ceux qui voudraient abandonner ce débat prennent tout simplement leurs rêves pour la réalité. »


Selon Jack Heinemann, professeur de génétique et de biologie moléculaire au Center for Integrated Research in Biosafety, à l'Université de Canterbury en Nouvelle Zélande : « La confiance du public dans les OGM ne s'améliora pas tant que des scientifiques essaieront d'empêcher les citoyens et d'autres scientifiques de poser des questions légitimes, par exemple en ce qui concerne la sécurité, l'efficacité et l'utilité des OGM. Même si toutes les questions concernant les plantes GM existantes devaient trouver une réponse demain, cela ne signifierait pas pour autant que les nouveaux produits devraient être exemptés de critiques ou de tests consciencieux. « Ne regardez pas ici, nous avons déjà un consensus ! » Cette attitude ne permet en aucun cas de répondre aux causes de la méfiance du public. Pour cela, il faut se saisir de ces discussions sur les OGM venant de différents points de vue, qu'il faut à la fois reconnaître et inclure comme faisant partie d'une véritable diversité d'opinions scientifiques. »


Cette déclaration reste ouverte à de nouvelles signatures sur : www.ensser.org


Autres citations de signataires


Co-auteur de la déclaration, E. Ann Clark, professeure associée retraitée à l'Université de Guelph au Canada a déclaré : « la pensée de groupe (« groupthink ») ! C'est probablement la meilleure façon de définir l'affirmation d'un consensus scientifique sur la sécurité des OGM. Ce phénomène, développé par le chercheur en psychologie Irving Janis, fait référence aux résultats irrationnels qui émergent lorsqu'un groupe met l'individu sous pression pour qu'il adhère à une opinion dominante, entraînant ainsi une dégradation de l'efficacité intellectuelle, une perte de liens avec la réalité et un recul du jugement moral. Ceux qui revendiquent ce faux consensus semblent tout à fait correspondre aux symptômes décrits par Janis sur la « pensée de groupe », incluant également l'illusion de l'invulnérabilité, la rationalisation collective et la suppression des opinions dissidentes. La réalité est en fait qu'il n'y a aucun consensus sur la sécurité des OGM. Les déclarations véhémentes et répétées sur l'existence d'un tel consensus ne doivent en aucun cas l'emporter sur l'urgente nécessité qu'il y a de conduire des recherches raisonnées sur la sécurité de ces plantes GM. »


Selon Elena Alvarez-Buylla, professeur de génétique moléculaire à l'Universidad Nacional Autónoma de México (UNAM) : « Bien plus que la simple contestation d'un faux consensus, cette déclaration pleinement référencée démontre que la preuve scientifique vient étayer les observations sur les risques environnementaux et sanitaires liés à la culture et la consommation d'OGM. Certains de ces risques impliquent des conséquences inquiétantes liées à des dynamiques irréversibles. Par exemple, la dissémination des OGM peut supprimer un certain nombre d'options quant au développement d'une alimentation saine et durable basée sur l'agroécologie, tout en mettant en péril les centres d'origine et de diversification des semences, ce qui menaceraient la sécurité alimentaire mondiale. Les multinationales de l'agrobusiness, avec leur dépendance aux OGM et aux pesticides, comme le glyphosate (dans le Roundup), menacent la souveraineté alimentaire et la santé publique. Il faut adopter d'urgence un principe de précaution. Nous devrions éviter d'autoriser la mise en circulation de nouveaux OGM et leurs pesticides associés dans l'environnement et la chaîne alimentaire. »