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"Un OGM innocenté par des experts" - réponse au Figaro du Criigen

Jeudi 26 Juin 2008

A Monsieur le Rédacteur, Monsieur le journaliste,

Suite à l'article du Figaro en page 12 paru dans l'édition du 14-15/7 : "Les experts européens innocentent un OGM", nous voudrions vous faire part d'inexactitudes au sein de ce dernier. Il traite de la réaction de l'Agence Européenne EFSA et de la Commission française CGB suite à notre article scientifique "New Analysis of a Rat Feeding Study with a Genetically Modified Maize Reveals Signs of Hepatorenal Toxicity by G.E. Séralini, D. Cellier & J. Spiroux de Vendômois, Arch. Environ. Contam. Toxicol. 52, 596–602 (2007)".

Celui-ci n'était pas "alarmiste", mais le plus long et le plus détaillé publié sur une analyse toxicologique pour mammifères d'OGM commercialisé, il demandait une prolongation des tests, lesquels montrent des signes de toxicité (39) sur les foies et les reins des mammifères de laboratoire consommant l'OGM MON863 en trois mois. Cela n'est pas contesté par l'Agence Européenne qui met seulement en cause les courbes de poids des rats (le tout début de notre travail) car nous n'aurions pas suffisamment pris en compte la variabilité individuelle, et cela en traçant la courbe des poids moyens et en l'étudiant. Par contre, la commission française avec laquelle je me dispute depuis 2003 sur cette affaire et dont je fais partie -comme MM. Pascal et Fellous- a pris en compte davantage ces variations - comme le salue l'Agence Européenne, qui a validé comme eux l'aspect sécuritaire de ce maïs - en calculant les courbes de poids de chaque rat pour en déduire un modèle théorique, et ils trouvent quand même alors une différence sur la variation du poids des femelles (ce qui n'est pas dit au début de la dernière colonne de votre article, c'est un grave oubli), mais pas des mâles, au contraire de nous. Le tout est vérifiable pour un statisticien sur le site de l'EFSA et de la CGB.

Nous avons déjà répondu à la contre-expertise du 25 juin de l'Agence Européenne EFSA (voir notre site), en confirmant nos résultats, après avoir étudié leurs critiques dans le détail. Selon nous, ce "circulez, il n'y a rien à voir" est une formule artificielle, sinon leurs propres expertises passées sont gravement remises en cause, puisqu'elles ont porté sur les mêmes données. Nos résultats ne sont en aucun cas trompeurs, nous estimons que les leurs le sont en disant qu'ils doivent être "corrélés à la dose" pour être pris en compte (avec seulement deux doses choisies a priori, c'est ridicule, de plus des effets hormonaux ne varient pas toujours proportionnellement à la dose, ils peuvent même être contraires), et ils confondent exprès la "variabilité naturelle" avec les effets de six régimes de compositions différentes non équivalents qui masquent certains effets dans les groupes témoins. Ceci dit, il reste bien des effets dans les groupes nourris aux OGM supérieurs à ceux observés avec tous les régimes. Alors, ils les trouvent "isolés" (ils se concentrent sur reins et foies, les organes touchés en priorité en cas d'intoxication chimique alimentaire).

Il n'y a donc ni graves erreurs méthodologiques dans notre publication (c'est un mensonge éhonté, l'Agence Européenne d'ailleurs ne dit pas cela et reconnaît que nos tests sont aussi valables que les autres ; nous pensons qu'ils sont meilleurs, et ils sont publiés par une revue scientifique internationale sise aux Etats-Unis). M. Pascal se fait passer aujourd'hui pour le découvreur des premiers effets que je dénonçais en 2003 mais s'est opposé à exiger des tests de trois mois, sous le même prétexte "on ne verra rien", lorsque les tests ne dépassaient pas un mois en longueur. Tous les tests pour pesticides et médicaments durent deux ans ("vie entière") pour observer justement les effets chroniques que l'on ne voit pas en trois mois !! De plus, il y a des lésions tissulaires avérées dans le cas du maïs OGM MON863, après sa consommation, et ce dans les reins des jeunes mâles âgés de cinq mois, avec une "néphropathie progressive" au stade de 18/20 (les contrôles non OGM ont seulement 14/20). Cela est décrit par l'équipe de Monsanto elle-même, puis passé entre les lignes.
 
Le plus important est que déjà 12 pays européens nous ont suivi dans notre demande de prolongation des tests, ce que l'article ne dit pas non plus.

Meilleurs sentiments,
Pr. Gilles-Eric Séralini