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Réponse de Gilles-Eric Séralini à Stéphane Foucart suite à l'article paru dans Le Monde le 11 juillet 2016

Mardi 12 Juillet 2016

 

/user/image/manifestationPicture_259126.pngJ'ai découvert dans l'édition papier du Monde de ce jour (11/07/16) votre long article consacré à "l'affaire OGM et Roundup", laquelle a diffamé notre étude rétractée par Food Chem Tox, qui fut republiée par Env. Sciences Europe en open source (ref Séralini et al. 2014), avec toutes les données brutes de la publication. Cela, la "Glyphosate Task Force" présidée par Monsanto s'abstient encore de le faire pour ce qu'ils ont "étudié", la "sécurité"  du même OGM et du Roundup qu'il contient, malgré la requête récente de la Commission Européenne. Bien d'autres points importants, que j'énumère brièvement ci-dessous, vous avez manqué de les citer. 

Je trouve votre enquête bien insuffisante, doublée d'une étrange volonté de contacter Richard Goodman de Monsanto sans avoir cherché à recueillir mon témoignage, alors que nous nous connaissons, ce qui relève du parti pris.
 
Discrète influence de Monsanto dites-vous ? Elle était grossière. Evidemment, vous avez pu vous baser sur la correspondance électronique de Goodman avec Monsanto, mais elle n'est pas la seule. On pouvait demander bien sûr les échanges entre Hayes, le rédacteur en chef de l'époque, et son lobby d'entreprises, évoquer les échanges téléphoniques entre Goodman et ses financeurs, ou même écrits entre Hayes et Monsanto, ou entre Hayes et moi, ou entre moi-même et Elsevier, qui supervise le journal et a permis à Hayes de sortir de son poste à la lumière de cette affaire, après m'avoir rencontré. Vous auriez pu évoquer l'éditeur européen de l'article en 2012, José Domingo, un moment écarté par Hayes et aujourd'hui redevenu éditeur-en-chef de FCT. Il avait accepté notre article après quatre mois d'examens par des pairs, bien sûr. Rien à voir avec ce que croit faire un quotidien en 24h en cherchant des avis opposés, et en tombant donc sur des lobbyistes. Goodman avait supervisé le dossier de toxicologie réglementaire de cet OGM NK603 absorbant de hautes doses de Roundup. Tout cela, vous auriez pu le demander. Une longue revue de mon équipe (Mesnage et al., FCT, 2015) sur la toxicité du Roundup sous les doses réglementaires, expliquant les effets délétères des OGM en contenant, a d'ailleurs été publiée par FCT en 2015, faisant état de nos travaux sur lesquels (pour 7 d'entre eux), l'OMS et le CIRC se sont basés entre autres pour faire comprendre la toxicité des herbicides à base de glyphosate, qui sont de graves perturbateurs endocriniens à cause des formulants du Roundup qui en font aussi la toxicité, nous l'avons démontré depuis (Defarge et al., IJERPH, 2016; Cassault-Meyer et al., ETAP, 2014). Cela explique les tumeurs mammaires. Ne parlons pas des contacts entre Henry Miller, lobbyiste de la non cancérogénicité du tabac (mixé avec des additifs toxiques grâce à lui), des OGM et du Roundup, et Monsanto, ou Goodman, ou le lobby européen de l'AFBV et de l'ILSI (présidé par Monsanto alors), dont Gérard Pascal, Axel Kahn et Marc Fellous, contre qui j'ai gagné en diffamation (l'AFBV et Fellous), et aujourd'hui accusé de faux et d'usage de faux dans ce procès. Vous auriez pu faire le lien avec tous ces cas, ou en tout cas faire état des réponses de la communauté scientifique défendant nos travaux. J'ai reçu pour ceux-ci en 2015 le prix international de lanceur d'alerte de la Federation of German Scientists et en 2016 le prix Théo Colborn par une association de médecins et scientifiques américains. Nous avons explicité les conflits d'intérêts de nos premiers détracteurs (Séralini et al. ESE, 2014bis).
 
Vous perpétrez des arguments scientifiques (apparemment) sur notre étude, démontrés à ce jour comme mensongers, construits dans l'urgence par Goodman et Monsanto en 2012, sans dire pourtant les réponses qui ont été apportées, éclairantes pour saisir les arguments répétés alors par une petite communauté de lobbyistes ayant pignon sur les instances réglementaires et scientifiques, grâce aux bons soins de Monsanto.
Puissance statistique insuffisante ? La méthode OPLS-DA utilisée dans l'article est une des meilleures au monde pour le cas étudié. Une confirmation exclusivement statistique est venue pour partie depuis, plus approfondie que les agences (Deheuvels et al., 2013).
Protocole inadéquat ? Il reste le plus long et le plus détaillé au monde sur un OGM et un pesticide, bien meilleur que ceux publiés par Monsanto, le même en beaucoup plus détaillé, et bien plus de rats soumis aux deux produits séparément.
 
Rats aux tumeurs "naturelles" ? Elles sont dues à leur alimenation contaminée, nous l'avons montré (Mesnage et al., PLOS One, 2015). Je vous rappelle que Hayes sur injonction de Goodman et ses grandes soeurs avait non pas jugé dans sa dernière lettre avertissant de la rétraction notre étude "inconclusive", mais "inconclusive sur le cancer", alors que nous n'avions pas écrit une seule fois le mot "cancer" dans l'article, pour avoir un protocole de toxicologie générale (toute tumeur n'est pas un cancer, mais peut le devenir, là les femelles mouraient bel et bien des tumeurs mammaires hémorragiques).
Nous avons montré par des études transcriptomiques la spécificité de la toxicité au Roundup chez ces rats, notamment hépatique et rénale, dans notre étude originale (Mesnage et al. Env. Health, 2015).
 
Je sais que vous n'avez pas voulu rentrer dans la science, mais alors, ne le faites pas de manière tronquée donc partiale, et toujours humiliante pour nous. De l'eau a coulé sous les ponts des lobbys. On l'a vu dans le dossier sur le Roundup au glyphosate.

J'espère, qu'épris de réalisme scientifique et de défense de la santé et de l'environnement dans d'autres domaines, vous aurez l'occasion de compléter votre analyse. 
 
Les références peuvent être envoyées séparément aux demandeurs. N'hésitez pas.