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De la dinde à la farce par F. Lemarchand - Sociologue - Janv. 2010

Vendredi 5 Février 2010

De Hans Bethe, qui fut l’un des pères de la bombe atomique américaine, au physicien Alan Sokal, la publication de canulars scientifiques a accompagné régulièrement l’histoire de la science moderne, tantôt par pure défiance d’intrépides potaches à l’égard des doctes institutions, tantôt, ce fut le cas lors de « l’affaire Sokal », afin de montrer la faillibilité des filtres à la publication en soumettant des articles farfelus à des comités de publications jugés des plus sérieux, sur la simple notoriété de l’auteur. Des chercheurs en sciences humaines ont même déjà utilisé le procédé pour étudier la propagation de fausses références scientifiques à travers des revues spécialisées reconnues pour leur « sérieux » scientifique. Exploitant et révélant à la fois la nature épidémique des réseaux de diffusion de la connaissance, leur objectif était de montrer que l’acceptabilité d’un article reposait plus sur la légitimité et la confiance accordées aux revues et aux chercheurs que sur leur qualité scientifique intrinsèque. Plus, le but de Sokal était de jeter le discrédit sur le courant de pensée postmoderne en montrant qu'un canular regorgeant d'absurdités s'inscrivait en fait parfaitement parmi les articles défendant réellement ce courant. Sokal construisit donc son article en l'appuyant sur des citations d'auteurs respectés dans leur domaine et chercha à le rendre conforme à la ligne éditoriale de la revue Social Text.

 

C’est sans doute nourri des mêmes intentions que s’est, ou se sont livrés le ou les auteur(s) d’un hoax (canular, en anglais) diffusé sur un blog de soi-disant démystificateurs d’impostures scientifiques intitulé XXXX. On peut y lire, dans une synthèse pseudo-scientifique fantaisiste d’inspiration pataphysicienne que :

dans une récente étude (http://ir.lib.nchu.edu.tw/handle/309270000/30071), des chercheurs de la National Chung Hsing University, Hsin-Mei Ku et Hsin-Sheng Tsay, viennent de montrer la réalité d'un phénomène craint par les lanceurs d'alerte et le CRIIGEN mais encore jamais mis en évidence : le transfert horizontal d'un gène du maïs à la dinde ( Meleagris gallopavo ). Il s'agit du gène gly12 du maïs qui contrôle l'expression de l'enzyme glyphotase (gène pris chez une bactérie et transmis par transgénèse aux diverses variétés de maïs Bt par les falsificateurs du vivant payés par Monsanto). Déjà, en août 2000, une étude de l’Université de Leeds avait montré que l’ADN n’est pas complètement dégradé dans les aliments pour animaux : ni par la plupart des conditions de transformation des produits commerciaux, ni au cours de l’ensilage. Chez l’Homme, T. Netherwood et ses collègues montraient en 2004, la persistance de l’ADN transgénique dans le tube intestinal et un transfert de faible intensité de cet ADN aux bactéries de la microflore. Selon les chercheurs, les adipocytes (cellules de la graisse) des animaux contaminés produiraient un précurseur du glyphosate, le methyleneaminoacetonitrile (MAAN). Or une étude de l'université de Caen, publiée dans Chemical Research in Toxicology fin décembre 2008, met en évidence l'impact de diverses formulations et constituants de ce pesticide sur des lignées cellulaires humaines.

 

Le propre d’une rumeur, comme l’avait fort bien analysé dans les années soixante le sociologue Edgard Morin, est de mêler le vrai et le faux afin de rendre crédible la fiction, ou plus exactement de l’installer dans un décor plausible, familier, d’éléments et de faits connus.

 

Si vous avez mangé de la dinde pour Noel, inutile de paniquer, les effets ne se feront probablement pas sentir avant des années. Ne contactez pas le centre antipoison, c'est inutile. Par contre vous pouvez commencer votre détoxication en suivant un régime homéopathique de SEVENE PHARMA, laboratoire dont le professeur Séralini, experts es OGM, est le conseiller scientifique. Vous pouvez également vous procurer d'autres produits naturels détoxifiants conseillés également par le professeur Séralini et l'université de Caen : http://airnaturel.free.fr/on_en_parle/MIEUX_POUR_MOI.pdf

 

Et l’article de finir sur le ton de la franche plaisanterie :

 

L’Office canadien de commercialisation du dindon noir (OCCDN) vient d'émettre une alerte et conseille à tous les producteurs de ne plus utiliser de maïs OGM dans l'élevage du Dindon. C'est également le cas de la Minnesota Turkey association (MTGA) et de la Midwest Poultry Federation aux USA. Le CIDEF (Comité Interprofessionnel de la Dinde Française) ne s'est pas encore prononcé, mais selon toute vraisemblance il ne saurait prendre le risque d'être accusé ultérieurement d'empoisonnement.

 

Sur un fond de faits partiellement vérifiables, tels que le lien entre le travail du Pr. Séralini et le laboratoire phytothérapeutique SEVENE Pharma, notamment pour élaborer des traitements de détoxification de l’organisme (pour contrer les effets de l’absorption de pesticides notamment), les auteurs annoncent une nouvelle dont tous les environnementalistes et les citoyens responsables pourraient se féliciter, le type d’information qu’ils aimeraient entendre : les lanceurs d’alerte avaient raison et leurs arguments ont été confortés par des chercheurs chinois (le pays qui monte, futur référent scientifique et économique planétaire). Le pari entretenu par les auteurs ne repose pas tant sur le contenu du message, qui pourrait s’apparenter à une blague de potache, que sur l’usage social qui en sera fait à travers les canaux de diffusion de la connaissance, c’est-à-dire la structure épidémique des blogs et autres réseaux informatiques. Plus précisément, le projet s’apparente à celui de Sokal à l’égard de la revue Social text : montrer a la fois que les citoyens et les organismes relais des travaux issus de la recherche indépendante (notamment du CRIIGEN) sont prêts à relayer sans distance critique n’importe quelle information. Ensuite, discréditant les « croyants », on espère ainsi porter atteinte du même coup à la crédibilité des scientifiques concernés. Comme Sokal, en visant la forme, on aspire en réalité à toucher le fond.

 

D’un point de vue rhétorique, la logique consiste à faire entendre, à condition bien sûr que se présentent quelques « dindons de la farce » : « vous voyez, vous êtes prêts à croire n’importe quoi », et par delà, « ces chercheurs vous racontent n’importe quoi ». L’allusion à l’homéopathie, dont on sous-entend dans le hoax qu’elle serait pur charlatanisme pour les défenseurs de la sound science (la science « sérieuse », positive), donnerait à penser que l’objet du message n’est pas tant d’être lu par les journalistes ou les associations concernés que de prouver l’incurie scientifique de ces derniers et d’ainsi porter le discrédit sur le CRIIGEN.

 

Si vous avez mangé de la dinde pour Noel, inutile de paniquer, les effets ne se feront probablement pas sentir avant des années. Ne contactez pas le centre antipoison, c'est inutile. Par contre vous pouvez commencer votre détoxication en suivant un régime homéopathique de SEVENE PHARMA, laboratoire dont le professeur Séralini, experts en OGM, est le conseiller scientifique. Vous pouvez également vous procurer d'autres produits naturels détoxifiants conseillés également par le professeur Séralini et l'université de Caen.

 

Or, il se trouve que le laboratoire du Pr Séralini (thèse Céline Gasnier, septembre 2009) ne teste pas des produits homéopathiques sur la détoxification hépatique, mais des extraits de plantes préparés par la société Sevene Pharma en effet, qui elle, commercialise aussi des produits homéopathiques avec la plus grande crédibilité.

 

Les quelques messages interrogatifs et dubitatifs reçus au CRIIGEN suite à la mise en ligne du hoax auront en tout cas permis de mesurer que ni les journalistes , ni les associatifs, ne sont prêts à jouer les « dindons de la farce » et qu’une culture de l’épidémie, qu’il s’agisse de la propagation de rumeurs comme de la pollution génétique, fondée sur la prudence, la raison et une bonne connaissance des réseaux, tend à se développer au sein de la société civile. Comme les journalistes professionnels – et indépendants – les citoyens doivent apprendre à adopter une posture critique et prudente à l’égard de l’information scientifique, à croiser et à recouper les sources, à vérifier les faits, et plus largement à exiger que soient mis en œuvre, dans le même ordre d’esprit, des mécanismes d’expertise pluriels, contradictoires et transparents.

 

Frédérick Lemarchand, sociologue.

 

Dans le cas où vous vous apprêtiez à consommer de la dinde, renoncez. ET FAITES SUIVRE L'ALERTE, C'EST UNE QUESTION DE VIE OU DE MORT.