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OGM et vocabulaire : « OGM cachés » une expression utile ou pas ? Tribune de Pierre-Henri Gouyon

Mardi 7 Avril 2015

/user/image/manifestationPicture_398079.pngLe transfert de gènes a donné naissance à une abondance d’expressions, de concepts et de problèmes, techniques, juridiques et sociaux. On a d’abord parlé d’ADN recombinant, puis de manipulations génétiques. OGM désignait donc d’abord un « Organisme Génétiquement Manipulé ». Comme « manipulés » sonnait mal, les promoteurs de la technique ont œuvré pour le remplacer par « modifié ». Le problème, c’est qu’on modifie les plantes et animaux domestiques depuis le néolithique par la sélection alors que la manipulation génétique consiste à bidouiller l’ADN. Il serait sans doute plus clair de redonner au M d’OGM le sens de « Manipulé ».


La définition juridique pose aussi un problème. Alors que l’OGM doit être issu d’un transfert, déplacement ou enlèvement  de matériel génétique (ADN), le brevet, lui, protège la séquence, indépendamment de son support matériel. Imaginons par exemple que grâce à des techniques de mutagenèse dirigée, on transfère une séquence d’ADN d’un organisme dans l’autre, il ne s’agirait pas d’un OGM. Il n’y aurait pas eu de transfert de matériel, seulement d’information. Il serait plus logique que le droit homogénéise ses concepts et définisse l’OGM par un transfert ou un changement intentionnel d’information. Dans ce cas, il s’agirait bien d’une sorte d’« OGM caché ».


L’expression « OGM cachés » est de plus en plus employée mais vient encore rendre la situation plus confuse. En effet, elle n’est souvent pas employée pour désigner les produits d’une manipulation de transfert d’information entre organismes mais pour désigner des organismes posant des problèmes qui ressemblent à ceux posés par les OGM. Deux grands types de problèmes peuvent être identifiés : d’une part, la toxicité de l’organisme lui-même ou des pesticides (Roundup par exemple) dont il permet, et promeut, l’emploi et d’autre part le brevet placé sur la séquence d’ADN qui caractérise l’organisme.


La toxicité de l’organisme ou des pesticides associés est un problème qui concerne, en plus des OGM classiques, des plantes issues de mutagenèse non dirigée mais sélectionnés a posteriori pour leur résistance. Certes la mutagenèse est une modification de l’ADN mais pas une manipulation au sens où (tant qu’elle n’est pas dirigée), il n’y a ni transfert de matériel ni transfert d’information. Il s’agit juste d’une augmentation de fréquence de modifications qui se produisent en réalité souvent dans les champs. Les appeler OGM cachés permet de mettre en avant une similarité de questions mais apporte de la confusion et risque de cacher la réalité derrière un rideau de fumée. En effet, si on trouvait dans la nature ou dans un champ « normal », une telle plante. Elle poserait les mêmes problèmes mais il n’y aurait pas de raison de l’appeler OGM. Je pense que l’appellation « plantes pesticides » que nous avons employée dans le passé est plus claire.


Le brevet qui couvre les séquences des plantes obtenues par mutagenèse aléatoire (non dirigée) ou par sélection assistée par marqueurs (ou autres, qu’iront-ils inventer, puisque le but est de tout breveter !) pourrait aussi justifier l’emploi de l’expression « OGM cachés ». Là encore, on peut craindre que cette expression apporte plus de confusion que de clarté. En effet, le brevet appliqué à des séquences natives pose exactement le même problème de propriété. Il permet au titulaire du brevet de voler les semences des voisins contaminés par sa séquence sans qu’il y ait la moindre manipulation, ni même modification génétique. Il serait certainement plus efficace de trouver une expression pour ces plantes qui servent à voler en contaminant. On pourrait proposer OGB pour « Organismes Génétiquement Brevetés » mais on est déjà envahis de sigles… Qui trouvera le mot juste ?

 

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