Support Séralini Team for GMO Risk Research - CRIIGEN
Soutenir le CRIIGEN

Conflits d’intérêts, confidentialité et censure dans l’évaluation des risques pour la santé - L’exemple d’un herbicide et d’un OGM

Mercredi 25 Juin 2014

 

 

Environmental Sciences Europe 2014, 26:13  doi:10.1186/s12302-014-0013-6

http://www.enveurope.com/content/26/1/13


Conflits d’intérêts, confidentialité et censure dans l’évaluation des risques pour la santé - L’exemple d’un herbicide et d’un OGM

 

Séralini G.E. 1*, Mesnage R. 1, Defarge N. 1, Spiroux de Vendômois J 2.

 

24 juin 2014

 

1 Université de Caen, Institut de Biology, EA2608, and Pôle Risques, Qualité et Environnement durable MRSH-CNRS, Esplanade de la Paix, 14032 Caen Cedex FRANCE

2 CRIIGEN, 40 rue Monceau, 75008 Paris, France

 

Nous avons étudié la toxicité à long terme d’un maïs OGM (NK603) rendu tolérant au Roundup ainsi que le pesticide Roundup en formulation à des niveaux environnementaux à partir de 0,1 ppb. Notre étude a été publiée dans Food and Chemical Toxicology (FCT) le 19 septembre 2012. Dans la semaine qui a suivi, la première vague de critiques est arrivée, principalement de la part de biologistes des plantes sans expérience en toxicologie. Nous avons répondu à toutes ces critiques. C’est alors que des arguments qui dépassaient la science et des attaques ad hominem, et potentiellement diffamatoires, ont commencé à être publiés pêle-mêle dans différents journaux sous la plume d’auteurs ayant de sérieux conflits d’intérêts masqués. Au même moment, un ancien employé de Monsanto faisait son entrée à FCT en tant que nouvel éditeur assistant pour les biotechnologies après avoir rédigé une lettre de critiques contre nos travaux. Ceci explique en particulier pourquoi la revue FCT a demandé une analyse post-hoc de nos données brutes. Le 19 novembre 2013, l’éditeur en chef réclamait le retrait de notre étude, tout en reconnaissant que les données n’étaient pas incorrectes, qu’il n’y avait eu ni faute, ni fraude ou mauvaise interprétation volontaire dans l’analyse de l’ensemble de nos données brutes – un fait extraordinaire et sans précédent dans le monde de l’édition scientifique. L’éditeur en chef soutenait qu’aucune conclusion ne pouvait être tirée, car nous n’avions étudié que 10 rats par groupe sur deux années, qu’il s’agissait de rats Sprague-Dawley et que nos données étaient non conclusives sur le cancer. Autant d’éléments qui étaient connus au moment de la publication de notre étude. Cependant, notre étude n’a jamais été pensée pour étudier la cancérogenèse. De même que le mot cancer n’est pas utilisé dans notre article. L’opinion ici présentée est un résumé des débats ayant conduit à ce retrait afin d’en faire un exemple historique de l’influence des conflits d’intérêts sur l’évaluation scientifique de produits commercialisés dans le monde entier. Nous démontrons aussi que la décision de retirer l’article ne peut se justifier rationnellement sur la base d’arguments scientifiques ou éthiques. Pour ne pas laisser la censure de la recherche sur les risques de santé publique saper la valeur et la crédibilité de la science, nous avons décidé de faire republier notre recherche.

  1. Historique

Un débat est en cours sur les risques potentiels sur la santé liés à la consommation de plantes génétiquement modifiées contenant d’importants niveaux de résidus de pesticides [1]. Actuellement, aucune agence réglementaire ne demande de réaliser des études chroniques d’alimentation animale sur des OGM comestibles ou sur des pesticides en formulation. Ce fait est à l’origine de la plupart des controverses. Seules des études de 90 jours visant à alimenter des rats ont été produites par les fabricants d’OGM. Des différences statistiques dans la biochimie des rats traités comparés au groupe contrôle pouvaient bien représenter les signaux précoces de pathologies sur le long terme [2], et auraient pu s’expliquer, au moins en partie, par les résidus de pesticides dans l’alimentation OGM. C’est ce qui nous a conduits à étudier sur le long terme la toxicité d’un maïs OGM tolérant au Roundup (NK603), ainsi que le Roundup dans sa formulation complète à des niveaux environnementaux signifiants à partir de 0,1 ppb.

 

Nous avons tout d’abord publié ces résultats dans la revue Food and Chemical Toxicology le 19 septembre 2012 [3] après un processus attentif et complet de relecture par les pairs. Cependant, un an et deux mois plus tard, de façon toute à fait exceptionnelle, l’éditeur en chef a réclamé le retrait de notre étude, tout en concédant que les données n’étaient pas incorrectes et qu’il n’y avait eu ni faute ou fraude, ni même une mauvaise interprétation intentionnelle des résultats. Selon lui, une partie des données aurait été « non conclusive », mais pour des raisons déjà connues au moment où l’article lui avait été soumis pour publication.

 

Le présent article se veut donc un résumé des débats ayant conduit à ce retrait afin d’en faire un exemple historique de l’influence des conflits d’intérêts sur l’évaluation scientifique de produits commercialisés dans le monde entier.