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FICHE DE SYNTHÈSE
CRII-GEN
Pr Gilles Eric SERALINI

16/02/2000

UN SUJET MÉCONNU :
DEUX CONCEPTIONS SCIENTIFIQUES S’AFFRONTENT
AU SUJET DES RISQUES DES OGM

 

1/ Des producteurs d’OGM ou certains médias ont pu, par le passé, invoquer le caractère irrationnel du public refusant une entrée sans étiquetage des OGM.

2/ Des analyses sociologiques ont pourtant montré le fondement des doutes du public : il n’avait pas besoin des OGM, et ne connaît toujours pas à juste titre leurs conséquences à long terme.

3/ Les chercheurs aussi sont divisés sur les conséquences sanitaires et environnementales des OGM, certains (dont je suis) remettent même en cause l’évaluation scientifique des OGM.

4/ L’analyse approfondie des dissensions dans l’évaluation des OGM montre que deux conceptions scientifiques s’affrontent à ce sujet.

5/ La première est une vision dite "réductionniste" à double titre. Tout d’abord, car elle s’assied sur une vision réductionniste de la biologie moléculaire qui a eu cours dans les années 1980, et tente de communiquer au public et aux autorités cette vision : "un gène correspond seulement à une protéine et une fonction".

Ainsi le maïs transgénique Bt ne serait qu’un maïs comme un autre, avec un peu d’insecticide dedans. Pour évaluer son caractère sanitaire, il suffirait donc d’évaluer l’insecticide seul. Cela se traduit dans la réglementation par la prépondérance du principe de l’équivalence en substance (le maïs est équivalent à un autre par plusieurs aspects de sa composition chimique), et si l’insecticide ne se révèle pas lui-même un poison général à court terme (on invoque son extrême spécificité), il n’y a nul besoin de créer une filière ou un étiquetage des produits dérivés.

6/ Le deuxième aspect de cette vision réductionniste se situe au niveau toxicologique.

Il s’appuie sur une réglementation internationale qui ne peut pas, par ses méthodes d’analyses non multifactorielles, et à court terme, appréhender des effets toxiques à long terme sur le système reproducteur, endocrinien, immunitaire… ou des effets sur le cancer par l’accumulation de résidus chimiques non suivis au niveau réglementaire dans la chaîne alimentaire ; on attend donc souvent des études épidémiologiques coûteuses (qui impliquent surtout hélas des malades ou des morts) pour prendre des décisions de retrait (DTT, PCB, atrazine, amiante…), pas toujours appliquées rapidement.

Seuls la toxicologie à court terme et les aspects microbiologiques (et pas tous) sont pris sérieusement en compte.

7/ Cette vision est soutenue par des lobbys industriels, scientifiques et politiques, et la réglementation conçue dans les années 1980 y est conforme.

8/ La seconde vision scientifique qui prend de l’ampleur aujourd’hui et qui affronte les deux aspects de la première est dite "à complexité intégrée".

9/ Cette dernière vision scientifique a appris des résultats récents de la génétique moléculaire que les gènes avaient souvent des fonctionnements régulés de manière corrélée et complexe, voire inattendue, que la situation des gènes dans un site chromosomique pouvait influencer considérablement leur expression dans le temps, au cours du développement, ou dans un tissu.

Surtout, la fonction présumée d’un gène peut ne pas être conservée d’une espèce à l’autre, ou une fonction connue pour un gène peut en occulter une autre non moins importante physiologiquement.

Cette vision nécessite de considérer l’OGM comme un nouvel organisme à part entière, et comme tous ses effets métaboliques ou indésirables sur la santé ou l’environnement ne peuvent être scientifiquement prévus, comme les effets allergéniques par exemple, la seule réponse plausible est la création d’une filière et d’un étiquetage précis avant d’autoriser un OGM. Cela n’a pas été respecté dans les faits, la loi sur l’étiquetage ayant été adoptée en Europe bien plus tard que les autorisations d’importations.

10/ Cette vision scientifique moderne propose aussi de faire évoluer les normes toxicologiques réglementaires dans un sens de complexité intégrée.

Et pour le moins, de tester les OGM – plantes à pesticides – comme des pesticides, avec des expérimentations d’au moins deux années sur rongeurs et non rongeurs, sur mammifères. Ces expérimentations mesureront non seulement le poids des animaux, mais étudieront aussi leurs bilans sanguins. Elle propose avec une méthodologie détaillée de faire évoluer les tests des polluants et OGM en analysant les effets pseudo-hormonaux, sur la reproduction, sur la pollution génétique (xénobiotiques adduits à l’ADN), sur les effets neurotoxiques manifestés dès la vie embryonnaire des mammifères, et visibles chez les animaux jeunes. Des publications scientifiques rendent compte de ces problèmes avec les herbicides associés aux OGM, qui peuvent pour certains métabolites se concentrer perfidement dans la chaîne alimentaire, et avoir des effets secondaires sur la régulation des gènes insérés.

11/ Il s’agit donc d’intégrer dans le raisonnement non seulement l’hygiène anti-microbienne ou le principe de Paracelse "C’est la dose qui fait le poison", mais aussi les effets combinés (promoteurs ou potentialisateurs) à long terme des faibles doses de polluants chimiques. Ceci devient crucial avec 99% des OGM commerciaux qui produisent des pesticides ou peuvent absorber des désherbants sans mourir, ce qui est nouveau.

12/ Cette vision est soutenue par un nombre croissant de scientifiques dont plusieurs d’entre eux ont signé pour la première fois en Europe une demande initiale de moratoire commercial pour les OGM, afin de développer la recherche (liste et texte du moratoire dans "Génie Génétique – Des chercheurs citoyens s'expriment"  Ed. Sang de la Terre, 1997). Plusieurs centaines d’autres scientifiques ont signé aujourd’hui une demande de moratoire international (voir site internet www.i-sis.dircon.co.uk) en expliquant leurs arguments avec références.

13/ Cette vision est également appréhendée par des associations de consommateurs, d’agriculteurs, ou des distributeurs qui ont une responsabilité finale sur l’aspect sanitaire des produits qu’ils commercialisent.

Ces groupements ont demandé à ces scientifiques d’expertiser de manière contradictoire les dossiers des OGM, ce qui a mis en lumière notamment l’insuffisance ou l’inexistence des tests actuels des OGM pour la nutrition sur mammifères ; cette notion a été reprise tout récemment par l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments). D’autre part, les expérimentations pour connaître la capacité de diffusion et de persistance des OGM dans l’environnement sont aussi jugées très insuffisantes.

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