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Glyphosate : un perturbateur oestrogénique seulement à haute dose

Le principe actif supposé des pesticides les plus (r)épandus dans le monde pourrait avoir des effets oestrogéniques, mais seulement en cas d’expositions très fortes. Ainsi, malgré des propriétés cancérigènes avérées, le glyphosate ne serait pas l’un des principaux responsables du cancer du sein.


Le glyphosate : un poison, certes, mais de quelle façon ? Au-delà des risques de déclencher certains cancers, le principe actif déclaré des pesticides les plus communément usités inquiète depuis longtemps les laboratoires indépendants quant à ses éventuelles propriétés œstrogéniques. Une fois absorbée par l’être humain, cette substance peut-elle jouer le même rôle que ces hormones sexuelles féminines, et engendrer ainsi, outre la féminisation des mâles, des cancers du sein ou de l’utérus ?

 

Une étude parue en 2013 dans la très sérieuse revue Food and Chemical Toxicology soulignait que les récepteurs aux œstrogènes étaient autant sensibles aux hormones naturelles qu’à la molécule pesticide, mais ces résultats n’ont jusque-là jamais pu être reproduits par d’autres équipes de recherches. Cependant ces conclusions viennent d’être tempérées par une nouvelle recherche, publiée dans la même revue par des membres du CRIIGEN : les docteurs Michael Antoniou et Robin Mesnage, du King’s College de Londres.

 

Pas de liaison directe


Leurs travaux, qui reposent sur l’utilisation de deux méthodes, démontrent bel et bien un effet œstrogénique du glyphosate, mais seulement lors d’une exposition à haute dose (à partir de 10 mg/l). A de telles concentrations, la substance active les récepteurs hormonaux et déclenche la division cellulaire pouvant mener à un cancer du sein. Mais comment ? La question demeure car le lien semble indirect : si les cellules mammaires cancéreuses portent bien les stigmates d’une activation des récepteurs aux œstrogènes, leurs résultats montrent que le glyphosate ne s’est pas directement lié à ces récepteurs. Tout comme l’avait prédit le modèle informatique. Le mécanisme pourrait donc être indépendant de la liaison, mais il reste à définir.

 

L’autre découverte de cette étude, c’est qu’elle montre que les autres composants des herbicides à base de glyphosate, considérés comme des adjuvants, et donc des substances inertes aux yeux des industriels, n’ont aucun effet sur la génèse de cellules mammaires cancéreuses. Y compris le POEA, molécule connue pour sa toxicité cellulaire et son action inhibitrice sur des enzymes impliquées dans la fabrication des œstrogènes.

 

Tests in vivo indispensables


Ces résultats pourraient apparaître discordants avec une précédente étude dont Robin Mesnage était également l’un des co-auteurs. « Effectivement, nous avons montré par des études in vitro que des co-formulants du Roundup (dont le POEA) peuvent être des inhibiteurs de l’aromatase, une enzyme clé du métabolisme des oestrogènes. Ces précédents résultats laissent ainsi supposer que ces « adjuvants »  puissent être des perturbateurs endocriniens. Mais il faudra des expériences in vivo pour savoir si ces effets inhibiteurs de l’aromatase observés in vitro peuvent se traduire par des effets perturbateurs endocriniens chez les animaux », souligne le chercheur du King’s College de Londres.


Ainsi, sans sous-estimer les dangers que représente le glyphosate, il semble que celui-ci ne soit pas directement impliqué dans l’apparition de cancers du sein chez les utilisateurs occasionnels. En revanche, chez les professionnels qui recourent en masse à ces pesticides, rien n’est moins sûr…