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Monsanto Papers, épisode 3 : les auteurs fantômes

Alors que la lecture de précédents courriels en interne démontrait que la firme Monsanto elle-même doutait de la cancérogénicité du glyphosate et qu’elle a eu recours à des manœuvres politiques pour tenter de faire oublier l’étude Séralini, de nouvelles révélations, apportées par Le Monde, soulignent une nouvelle fois la propension du géant de l’agrochimie à recourir à des méthodes plus que douteuses pour convaincre de l’innocuité de sa molécule phare : les auteurs fantômes.


Monsanto, multinationale créée en 1901, connaît une année 2017 plutôt difficile. Déjà frappée par de multiples scandales sanitaires au cours de son histoire plus que centenaire, des PCB à l’agent orange, en passant par la dioxine, la firme de Saint-Louis se montre une fois de plus fragilisée par les révélations consécutives à la déclassification de nombreux documents internes, décidée par la justice américaine, dans un procès opposant l’entreprise à 3 000 plaignants, victimes de lymphomes non-hodgkiniens qu’ils imputent au pesticide phare de Monsanto.

 

Ces « Monsanto Papers » sortaient en mars dernier, déjà, et on apprenait comment le géant de l’agrochimie avait tenté de camoufler des résultats qui montraient le caractère cancérigène du glyphosate, la molécule centrale des herbicides les plus vendus au monde. Puis, au cours de l’été, sortaient dans la presse les méthodes frauduleuses auxquelles a eu recours Monsanto pour essayer de faire retirer l’étude Séralini, sur les effets de la consommation à long terme d’une plante génétiquement modifiée tolérante au Roundup.

 

Une mention mensongère


Cette fois, dans la même veine, les journalistes du Monde ont épluché des milliers de pages d’échanges de courriels impliquant la firme et mettent en avant la généralisation de la pratique de ghostwritting, littéralement « l’écriture fantôme », chez Monsanto. L’entreprise recourt en réalité à un nègre pour rédiger les articles, finalement signés par des scientifiques reconnus (et grassement payés par Monsanto) pour leur donner du crédit. Ainsi, un article sponsorisé par le géant de Saint-Louis, concluant évidemment à l’innocuité du glyphosate, a été cité plus de 300 fois dans la littérature scientifique et fait désormais office de référence…

 

Pour étayer ces propos, le premier quotidien national français cite plusieurs cas concrets. Ainsi, Monsanto approchait un cabinet de consultants, Intertek, en leur demandant de trouver une quinzaine d’experts pour rédiger des articles sur le lien entre glyphosate et cancer. Une fois écrits, ces textes sont passés entre les mains des employés de la firme agrochimique qui les ont « passé en revue », et, pas suffisamment satisfaits du contenu, les ont « lourdement amendés ». La suite ? Cinq articles ont été publiés dans la même édition de Critical Reviews in Toxicology, en septembre 2016. Bien qu’il soit souligné que le géant de Saint-Louis ait financé cette « recherche », la mention « ni les employés de ma société Monsanto, ni ses avocats n’ont passé en revue les manuscrits du panel d’experts avant leur soumission à la revue » est apposée au bas de chacun des articles. Une affirmation que l’on sait mensongère aujourd’hui.

 

La guerre contre le Circ


S’il existe d’autres exemples de trucages auprès des revues scientifiques, la manipulation se retrouve même dans les médias grands publics. Ainsi, le biologiste Henry Miller s’est vu attribuer des articles dans la revue américaine Forbes, dans lequel il encensait le glyphosate et surtout, critiquait les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer (Circ), classant la molécule comme cancérigène probable. Comme le révèle les articles du Monde, des employés de Monsanto fournissait à Henry Miller un texte, à peine revu et corrigé avant d’être publié. Quel meilleur moyen qu’une campagne de désinformation contre le Circ et ses conclusions menée dans un journal grand public pour convaincre ?

 

 Rappelons au passage que cette instance, affiliée à l’OMS, a basé ses recherches sur la littérature scientifique disponible sur la question. En revanche, les autorités sanitaires européenne et américaine défendent depuis toujours l’innocuité du glyphosate. Mais les éléments scientifiques sur lesquels ils se basent sont placés sous le sceau de la confidence car émanent directement de Monsanto, qui a fait ses preuves en termes de malhonnêteté. Pourtant, c’est sur un avis d’ « experts scientifique » reposant sur ces données  que l’Europe sera appelée à voter très prochainement pour la réautorisation du glyphosate sur le Vieux continent pour les dix prochaines années…